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Mon nid coloré

Je construis ma maison. Une pièce à la fois. Les finances me contraignent. J’ai commencé par le cœur: cuisine et salle de bain, deux pièces voisines dans ma belle maison des années cinquante. 

Je bâtis mon foyer, je me rebâtis, je m’établis. Pour moi, pour elle. Ma fille. C’est une fierté douce de lui offrir un « chez nous ».

Je m’apaise. Dès l’entrée, je me sens chez moi. Les vitraux art nouveau me parlent. Écho ancien, douce nostalgie. Comme si je franchissais la porte de mes grands-parents. Là-bas, c’était la paix, l’amour, la quiétude. Loin du foyer qui m’a brisée. 

Je reconstruis, mon estime de moi. Je me libère, je m’affirme, je rayonne, je m’épanouis. Femme debout et fière, qui sourit.

Je cultive, un sol fertile. Pas la terre stérile où j’ai grandi. Je sème l’unité, je désherbe les ombres. 

Je crée ce nid, je le tisse, je l’emplis de chaleur. J’y protège mon enfant. Loin des grands méchants du dehors. Mais je faiblis quand, une semaine sur deux, je n’ai pas le pouvoir de la couver. La terrible garde partagée. Je lâche prise.

Je colorie mes murs le soir. Quand elle est chez son père, je range, j’organise, je bricole et je peins. Ocre, jaune, vert, rose, bleu. Un arc-en-ciel pour vivre heureux.

Je me réjouis. Oui, j’ai rencontré l’amour. Un grand, un vrai, un puissant. Quand il vient dans mon nid d’amour, on repeint chaque recoin de notre histoire. Passionnée, torride. L’exacte énergie dont je désire imprégner ces murs …

Je goûte l’amertume dans ce projet. Les prêts m’écrasent. Ce nid, je l’ai payé d’un héritage lourd. Je souffre d’une douleur qui me transperce et assombrit mon âme à jamais. Le deuil. Le pire qui soit. Ma mère. 

Je culpabilise. Tant de bonheur ici, dans cet endroit que je dessine à mon image. J’aurais troqué chaque mur, chaque couleur, pour l’avoir près de moi. Elle était une âme torturée, certes, mais peinte de mille nuances, et d’amour à offrir.

J’accepte. Ce dernier cadeau, Maman. Ce lieu de paix. En espérant que toi, là-haut, tu l’aies enfin trouvée.

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