Consigne de Martine:
Je vais m’inspirer du livre de Colette NYS-MAZURE, Célébration du quotidien, pour le prochain exercice. Je te mets ci-dessous un extrait consacré à la lecture.
Cette Célébration est un texte en prose mais rythmé comme un long poème.
Caractéristiques de l’extrait sur la lecture:
- Raconte ses moments et plaisirs de lecture de manière simple
- Chaque paragraphe explore un aspect différent de cette activité : Circonstances de la lecture : lieux, moments, éclairage…; Tout ce que la lecture provoque chez elle
- Pas de lien particulier entre les paragraphes autre que le thème
- Démarre presque tous les paragraphes par « je lis »
- Assonances : Je lis, je me délie, je me relie, je nidifie, j’édifie, je délire, je relis, j’élis, j’abolis, j’écris, je jouis, je me réjouis
Je te propose de t’en inspirer pour parler d’une activité qu’une des femmes de ton panel aime particulièrement faire. Tu peux l’écrire en JE en te mettant dans la peau de la femme en question, ou en ELLE.
Mon nid coloré
Je construis ma maison. Une pièce à la fois. Les finances me contraignent. J’ai commencé par le cœur: cuisine et salle de bain, deux pièces voisines dans ma belle maison des années cinquante.
Je bâtis mon foyer, je me rebâtis, je m’établis. Pour moi, pour elle. Ma fille. C’est une fierté douce de lui offrir un « chez nous ».
Je m’apaise. Dès l’entrée, je me sens chez moi. Les vitraux art nouveau me parlent. Écho ancien, douce nostalgie. Comme si je franchissais la porte de mes grands-parents. Là-bas, c’était la paix, l’amour, la quiétude. Loin du foyer qui m’a brisée.
Je reconstruis, mon estime de moi. Je me libère, je m’affirme, je rayonne, je m’épanouis. Femme debout et fière, qui sourit.
Je cultive, un sol fertile. Pas la terre stérile où j’ai grandi. Je sème l’unité, je désherbe les ombres.
Je crée ce nid, je le tisse, je l’emplis de chaleur. J’y protège mon enfant. Loin des grands méchants du dehors. Mais je faiblis quand, une semaine sur deux, je n’ai pas le pouvoir de la couver. La terrible garde partagée. Je lâche prise.
Je colorie mes murs le soir. Quand elle est chez son père, je range, j’organise, je bricole et je peins. Ocre, jaune, vert, rose, bleu. Un arc-en-ciel pour vivre heureux.
Je me réjouis. Oui, j’ai rencontré l’amour. Un grand, un vrai, un puissant. Quand il vient dans mon nid d’amour, on repeint chaque recoin de notre histoire. Passionnée, torride. L’exacte énergie dont je désire imprégner ces murs …
Je goûte l’amertume dans ce projet. Les prêts m’écrasent. Ce nid, je l’ai payé d’un héritage lourd. Je souffre d’une douleur qui me transperce et assombrit mon âme à jamais. Le deuil. Le pire qui soit. Ma mère.
Je culpabilise. Tant de bonheur ici, dans cet endroit que je dessine à mon image. J’aurais troqué chaque mur, chaque couleur, pour l’avoir près de moi. Elle était une âme torturée, certes, mais peinte de mille nuances, et d’amour à offrir.
J’accepte. Ce dernier cadeau, Maman. Ce lieu de paix. En espérant que toi, là-haut, tu l’aies enfin trouvée.

