trois arbres dont racines poussent dans sol 955884 43812

Mon havre de paix

Consigne de Martine:

Choisis – ou imagine – un lieu qui fut important pour toi par le passé, mais dont tu t’es éloignée il y a longtemps. Tu le retrouves après cette longue absence et tout te revient, chaque détail, chaque sensation. Je te propose de construire une description du lieu à travers ces retrouvailles.

Contraintes :

  • Adopte à nouveau un point de vue intérieur, donc un texte à la 1ère personne
  • Mais cette fois on va ajouter un TU ! Tu t’adresses à ce lieu, tu le parcoures, tu en détailles chacune de ses caractéristiques et tu retrouves ce qui rendait ce lieu si important.
  • Description d’un lieu appartenant simultanément au présent et au passé.

Voir exemple ci-dessous: 

Inchangé ! A peine franchi le portail de fer forgé aux arabesques élégantes, je retrouve avec bonheur ta foisonnance, ton indescriptible fouillis – est-ce toujours le même jardinier-poète qui t’entretient si savamment ? 

Je déambule dans ta jungle touffue en me laissant guider par les odeurs pénétrantes qui m’aguichent au détour d’un chemin ou par ce silence qui soudain opacifie cette minuscule clairière. Toi, tu attends que je sois complètement désorienté, perdu dans ton labyrinthe végétal, et c’est alors que tu m’ouvres les portes du paradis : un petit banc de bois m’attend, déposé là, juste pour moi, sous un bosquet de saules pleureurs au bord d’un étang calme et sombre sur lequel se prélassent quelques nénuphars pailletés de soleil. Je m’y allonge et retourne instantanément à l’époque où tu constituais mon unique refuge…

 

Mon havre de paix

Cela faisait longtemps que je n’étais pas venue te rendre visite. Je ralentis ma respiration, prête à m’abandonner à la méditation. Ces moments d’introspection commencent toujours par un retour chez toi, mon havre de paix. Je t’ai façonné de toutes pièces dans mon esprit, avec toute la créativité dont je suis capable. Ici, je me sens bien.

Mon chat est là, lui aussi. Chez toi, je suis comme à la maison. Telle un escargot portant sa demeure sur son dos, j’emporte ce refuge partout avec moi.

Depuis quelques années, j’ai beaucoup déménagé. Incapable d’ancrer durablement mes racines dans le monde extérieur, mais je les ai cultivées dans mon paysage intérieur. Tu es l’endroit le plus serein de mon être. Sous ton globe protecteur, tu m’offres un écrin de douceur où je me sens profondément en sécurité.

Dès que je franchis ton seuil, une chaleur délicate m’enveloppe. La température est toujours parfaite. Comme à chaque visite, je m’installe au pied du grand séquoia. J’admire tes trois arbres. Le séquoia de ma trentaine, encore jeune, il a déjà pris une ampleur remarquable. L’immense hêtre pourpre de ma vingtaine déploie sa ramure avec assurance. Quant au noyer de mon enfance, il règne avec une majesté tranquille. Ces arbres racontent mes trois décennies de vie, chacune nourrie, arrosée et façonnée par les expériences qui m’ont construite.

Au centre se trouve un étang parfaitement rond, le plus profond de l’univers, de mon univers. J’aime m’y plonger, m’y purifier, jouer dans les bancs de poissons qui l’habitent. Dans ses eaux, je deviens moi-même un poisson ou, plus romantiquement, une sirène. Une version de moi libre de ses mouvements, légère, qui se laisse porter dans cette eau tiède et accueillante.

Dans les branches, les oiseaux chantent. Le parfum des fleurs sauvages qui tapissent les prairies embaume ce lieu sacré. Tout ici invite au calme et à la beauté.

Aujourd’hui, je m’assois au pied du séquoia, l’arbre de ma trentaine : grand, solide et souple à la fois. Je caresse distraitement mon chat et fais le point sur ma vie. J’ai besoin de revenir régulièrement auprès de toi pour prendre du recul, pour ne pas me laisser emporter par le tumulte de mes émotions. Ici, je retrouve la distance juste, celle qui permet de voir plus clair et de prendre de la hauteur pour voir plus loin.

Je suis reconnaissante d’avoir réussi à te créer. Tu es mon refuge, mon lieu de quiétude. Je constate avec bonheur que tu te portes bien, et je suis heureuse d’être revenue te voir.

Je reviendrai bientôt.

D’ici là, prends soin de moi.

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