Consigne de Martine:
ESPACES MARQUANTS
A PROPOS DES DESCRIPTIONS
J’ai trouvé une explication très intéressante au fait que les descriptions des auteurs du XIXème siècle sont plutôt longues (et barbantes). Tout simplement parce que l’époque a changé. Les écrivains classiques étaient obligés de fignoler le tableau des paysages, des vêtements ou des intérieurs pour aider le lecteur à se figurer la scène, alors qu’aujourd’hui nous vivons dans un monde d’images et d’informations et il nous est facile de nous représenter ce que veut dire l’auteur.
Il en découle qu’aujourd’hui un texte peut se contenter de quelques éléments seulement, à la condition qu’ils soient bien choisis. C’est ce qu’exprime le romancier colombien García Márquez en disant : « on peut réduire le monde des Tropiques à l’odeur d’une goyave pourrie ». Seuls sont utiles les traits qui rendent la scène présente aux yeux du lecteur. En fait, la plupart des auteurs disent la même chose : Ecrire est l’art de ne pas trop en faire, l’art de la suggestion. Je te propose donc de travailler la description en adoptant successivement trois approches différentes.
CONSIGNE
Retrouve un lieu qui est – ou qui fut – important pour toi. Je te propose de décrire ce lieu en adoptant un point de vue extérieur, une description « objective » du lieu en quelque sorte.
Contraintes :
- S’entraîner au retrait du narrateur, pas de JE, TU, ON, NOUS ou VOUS
- Ta description doit permettre au lecteur de ressentir que cet endroit est important pour toi sans que tu ne l’aies dit, pas d’explication, pas d’expression de sentiment
- Créer un lien direct entre le lecteur et le lieu
Voir exemple ci-dessous.
C’est un jardin extraordinaire, sauvage, foisonnant, regorgeant de silences opaques et d’odeurs pénétrantes. Commodément situé au cœur de la ville, il est pourtant peu fréquenté, offrant ainsi aux aventuriers des espaces à explorer et à conquérir. Il est facile de s’y perdre tant son fouillis – savamment entretenu par des jardiniers poètes – désoriente le citadin habitué aux tracés clairs, précis et étiquetés de ses trajets quotidiens.
Au centre de ce merveilleux jardin, une minuscule rivière alimente un étang recouvert de nénuphars. Un banc de bois déposé sous un bosquet de saules pleureurs offre une vue pailletée de soleil et appelle à l’endormissement…
A couper le souffle
Sa puissance éblouit chaque visiteur, venu de loin pour plus que l’admirer : pour la ressentir. Il faut braver une longue randonnée pour l’atteindre, le dénivelé est raide, exigeant une vraie condition physique. Tous ne peuvent accéder à cette cascade, la plus haute du pays.
À ses pieds, une piscine naturelle, peuplée de petits poissons et de salamandres, offre aux randonneurs une pause rafraîchissante après l’effort. Depuis cet angle, la cascade est écrasante de beauté, presque irréelle, c’est ici que l’expression “à couper le souffle” prend tout son sens.
L’eau s’écoule ensuite entre les grandes roches, formant de petites cascades successives avant de poursuivre sa course dans le ruisseau en contrebas. Sur ces blocs de pierre qui entourent la piscine naturelle, les visiteurs lézardent et savourent un dernier moment de calme avant l’ascension du retour.
Yikpa compte parmi les plus belles merveilles naturelles du pays : une œuvre encore intacte, préservée dans son écrin de verdure, loin de la foule et de la civilisation. Cet isolement renforce son caractère rare, presque précieux, et rend l’expérience de son bleu profond et de sa mousse blanche à ses pieds encore plus marquante.

