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La puissante Yikpa.

Accompagnée de ma mère, je pose le premier pas et entame la longue randonnée de Yikpa. On nous avait prévenues : il faut une bonne condition physique pour atteindre la plus grande cascade du pays.

Très vite, le dénivelé se fait sentir. Raide, exigeant. Mes genoux protestent, et je vois que ma mère, elle aussi, avance avec prudence, concentrée à chaque pas pour éviter de glisser sur le sable caillouteux du sentier.

Nos sacs sont lourds, chargés d’eau pour affronter la chaleur écrasante. Surtout que la première heure se fait à découvert, en plein soleil africain.

Puis enfin, les sous-bois. Un soulagement. La fraîcheur des plantes nous enveloppe, presque comme une récompense. Mais le sentier, lui, ne devient pas plus tendre : il se transforme en passage technique, parfois proche de l’escalade. Nous devons descendre de grosses roches, lentement, en nous aidant des mains. À un moment, je m’assois carrément pour éviter la chute.

Heureusement, ma mère est solide et sûre de ses appuis. Elle déclare même qu’elle préfèrera la montée à la descente. Je garde pour moi mes doutes sur la remontée… et sur le fait que nos cœurs vont probablement battre en mode tambour africain.

Et puis, au loin, un bruit. Sourd. Profond. L’eau. Le vent change, plus frais, chargé de fines gouttelettes.

Nous l’apercevons enfin au détour du sentier. Yikpa. Éblouissante. Majestueuse. Et surtout… encore loin. Mais cette vision nous redonne de l’élan : on accélère, portées par l’objectif.

Une demi-heure plus tard, nous arrivons à ses pieds. Et là, c’est littéralement à couper le souffle. Le bruit est si puissant qu’il écrase tout le reste, comme s’il venait des entrailles de la terre. On ne s’entend plus parler.

Au pied de la cascade, une piscine naturelle. Je retire mes chaussures et plonge mes pieds meurtris dans l’eau glacée. Le choc est brutal après des heures de marche.

Nous sommes seules. Avec ma mère, on finit par se laisser aller. On se déshabille, et on entre dans l’eau comme on entre dans un lieu sacré. Je nage au plus près de la cascade, mais impossible d’approcher davantage : la puissance de l’eau me repousse, mon souffle est coupé par la force du vent.

Alors j’arrête de lutter. Je m’immerge, je ferme les yeux, et je prie. Merci Mère Nature pour ce cadeau. Que ce moment reste gravé dans ma mémoire. Et si possible, qu’il allège ce qui est trop lourd en moi. Qu’il nettoie, qu’il apaise, qu’il éclaire mon chemin. Merci.

Quand je ressors, je suis trempée mais revigorée. Mes cuisses sont rouges, marquées par le choc thermique. Ma mère m’appelle : des fleurs de lys poussent dans le ruisseau en contrebas. C’est splendide. On en cueille une, je la pose sur mon oreille, et on prend des photos, comme deux enfants qui jouent.

On s’allonge ensuite sur les rochers chauds autour de la piscine naturelle, pour mieux sécher au soleil. On respire. On récupère. Avant de préparer mentalement la redoutable ascension du retour.

Le trajet du retour tint ses promesses. Vraiment. Les cuisses en feu, le cœur en alerte maximale, les jambes tremblantes. Je n’ai jamais été aussi heureuse de voir notre voiture au loin.

On était trempées de sueur, épuisées, et l’air conditionné fût la bienvenue. 

Et comme pour refermer la journée en beauté, la nature nous a offert une dernière vue sur la vallée, à l’ombre d’un majestueux baobab, où nous avons savouré l’eau fraîche d’une noix de coco.

Une fois rentrées, rassasiées de ce voyage, nous avons dormi comme des bébés.

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