Le soir tombe soudainement sur Lomé, en un clin d’œil, il fait un noir de jais. Comme si dieu, d’un simple geste, éteignait la lumière en appuyant sur l’interrupteur du soleil. Dans le golfe de Guinée, les couchers de soleil, presque instantanés, sont d’une beauté époustouflante. Le soleil reflète du jaune, en passant par l’orange, puis se fond en rose, sur les lagunes de Bè et puis disparait…
Mais ici, la nuit ne rime pas avec fraicheur. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, rien ne change : l’air reste dense, chaud et humide. Il est l’heure, l’heure où la nuit nous enveloppe de son étreinte tropicale.
Quand il fait soir, la ville change de rythme. Tout le monde rentre du service, les rues se remplissent et le chant du trafic s’élève. A la sortie des bureaux, on marche dans le sable des vons, sentant ces grains tièdes s’immiscer entre nos orteils et les moustiques viennent nous saluer, friands de sang frais. Les poules et les chèvres sont allées se coucher et les foyers avoisinants s’animent : on sent les feux de bois, on devine les repas qui mijotent.
Au rondpoint de la Colombe de la Paix, le sifflet du policier rythme la circulation, entre klaxons impatients et moteurs pétaradants. Il faut rester vigilant, car les enfants jouent dans la rue, chahutent et rient, attention si un ballon surgit ! Aux feux rouges, les vendeurs de rue s’activent. C’est l’heure de faire un bon chiffre d’affaires avant de rentrer à la maison. Cahiers lignés, pagnes colorés, parfums pour voiture, tout se vend. Les tatas, quant à elles, tiennent leurs étals mobiles sur le bord de la route, servant des plats chaud, sandwiches et surtout, l’incontournable Ayimolou.
Depuis la terrasse des maquis, la musique résonne, portée par des haut-parleurs fatigués. Les clochettes tintent, doucement, pour appeler les serveuses. Elles s’empressent alors d’apporter des bières bien fraîches ou du jus de bissap aux habitués, tandis que l’arôme des brochettes grillées vient titiller leurs appétits.
Dans la pénombre, les chauves-souris entament, elles aussi, leur souper dans un ballet nocturne, tandis que les palmiers dessinent sur les murs des ombres mouvantes. Nous voilà spectateurs, d’un théâtre improvisé, offert par la nuit, sous le ciel velouté de Lomé.

