la jeune fille a la perle vermeer

Les jeunes filles à la perle

J’ai hérité la boutique de ma mère, elle-même héritière de la maison fondée par sa propre mère. Je suis extrêmement fière d’être cette troisième génération de bijoutières. Chaque jour, je vends des objets de toute beauté : des clientes entrent le sourire aux lèvres, choisissent ce qui les fera briller, tandis que d’autres viennent chercher la bague parfaite pour les épouser. 

Sur le mur, en face de mon guichet, trône une copie de la célèbre Jeune Fille à la Perle, la fameuse « Joconde du Nord ». Depuis des années, je passe des heures à l’admirer. Je pourrais la contempler sans fin, m’y perdre, même m’y retrouver. Tous les matins, la lumière du jour l’éclaire d’une manière différente, offrant à chaque regard une sensation nouvelle de plénitude. Parfois, c’est la perle qui capte toute mon attention, éclatante et délicate ; parfois, c’est le regard de la jeune fille, si profond et saisissant, qui m’arrête.

Je ne sais comment l’auteur a pu créer une œuvre si surprenante, si vivante, que vingt ans après, je n’ai toujours pas réussi à en saisir toute l’ampleur.

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Chaque jour, je patrouille entre les murs silencieux et les hauts plafonds du musée. Je vois défiler des foules et des œuvres que je connais par cœur. Le public, lui, a ses favorites. Ce qui est sûr, c’est que tous s’arrêtent devant cette fille dont le regard semble les interroger. 

Moi, elle ne cesse de me surprendre. Le léger halo autour de la perle, la lumière qui caresse sa joue. Mais ce qui me fascine le plus, ce sont les projections des visiteurs. Certains y lisent l’innocence, d’autres la séduction, et quelques-uns cherchent un secret que nul ne peut vraiment révéler.

Moi, je suis plutôt spectateur du spectacle humain. Je les regarde, me demandant ce que leur inspire ce regard pénétrant. Car si, comme le disait Duchamp, c’est le spectateur qui fait le tableau, alors ils deviennent, à mes yeux, l’œuvre elle-même. C’est alors que je me surprends à me demander si cela fascinait autant l’artiste, de les voir, ces spectateurs. Contempler leurs réactions, leurs premiers frissons, les émotions que son travail éveillait. Tant d’heures passées à créer ce chef-d’œuvre, et voilà qu’il prenait vie à travers les yeux et les émois de ceux qui le découvraient.

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Je n’ai jamais vu La Jeune Fille à la Perle en vrai ; j’ai seulement admiré des copies, des photos, ou même des réinterprétations modernes croisées dans des salles d’attente. À l’adolescence, j’ai lu le récit de Tracy Chevalier, qui m’avait profondément émue. J’ai donc redécouvert cette œuvre à travers l’écrit plutôt que la peinture, un support qui stimule l’imagination autrement.

Quand j’ai vu le tableau en photo, j’ai découvert ses couleurs : ce jaune qui n’en est pas vraiment, ces bleus si purs, le drapé du foulard et surtout ce regard si expressif. Je ne suis pas une grande dessinatrice, en réalité, je suis plutôt nulle, et j’ai toujours admiré ceux capables de capturer le réel sur le papier ou la toile. Cela me fascine. Mais il est vrai que représenter un regard, ces fenêtres de l’âme, est l’un des exercices les plus difficiles de cette pratique.

Je ne sais pas si le regard est inventé, imaginé ou fidèle à la réalité, mais une chose est sûre : il est ancré dans la toile pour toujours, offrant aux spectateurs du monde entier le plaisir de le contempler et de s’y perdre.

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