Consigne de Martine:
Avec cette proposition, tu vas expérimenter 3 manières différentes d’exprimer un sentiment en jouant sur les différents narrateurs. L’idée étant de voir dans quel registre tu te sens le mieux ou le moins bien.
Dans un premier temps, choisi un personnage parmi toutes les photos que je te soumets ci-après.
Réfère-toi au document sur les différents types de narrateurs que je t’avais envoyé en octobre pour le texte avec les animaux
- Narrateur intérieur
Ecris tout simplement les sentiments que t’inspire la photo choisie.
Texte en JE, c’est toi qui t’exprimes.
- Narrateur externe aligné
Tu vas imaginer ce qui est en jeu dans cette photo et ce que ressent ton personnage. Texte en JE à nouveau, mais cette fois ce n’est plus toi mais lui/elle qui exprime ses sentiments. Cherche le bon niveau de langage qui correspond à ton personnage.
- Narrateur externe omniscient
Tu vas encore une fois exprimer les sentiments que ressent ton personnage, mais cette fois dans un texte à la 3ème personne IL/ELLE. Ce n’est plus toi qui t’exprimes, ni le personnage, c’est un point de vue distancé.
Voici un mini-exemple:
Narrateur intérieur Cette photo me rappelle un monde révolu. Une maison familiale qui n’est plus. Et ma chambre dont la fenêtre donnait sur le poulailler.
Narrateur externe aligné C’est l’été. Enfin. Il fait suffisamment chaud pour garder ma fenêtre ouverte toute la journée et regarder l’horizon lointain qui m’appelle. Bientôt j’aurai 18 ans et je quitterai définitivement cette maison.
Narrateur externe omniscient Cela faisait des heures qu’elle était assise à la fenêtre, immobile, le regard sur l’horizon, un léger sourire aux lèvres. Autour d’elle, faune et flore bruissaient de vie, l’été éclatait dans toute sa splendeur, appelant à la jouissance. Mais elle ne sortait jamais, comme prisonnière de cette maison, jour après jour.
Il s’agit de 3 textes différents, 3 variantes d’un même exercice qui consiste à exprimer des sentiments. C’est différents du texte avec les animaux dans lequel les 3 parties formaient un tout.
Jeu de l’oie
J’ai une tendresse particulière pour les petits papys : leurs visages racontent toute une vie, et je trouve cela bouleversant. Quand leurs yeux s’embuent, ce qui arrive souvent, mon cœur fond. Quant aux oies, je les considère comme des créatures majestueuses, mais terrifiantes. Je ne suis jamais à l’aise face à elles : on ne sait jamais si elles vont attaquer. Et pourtant, voir ces oies s’approcher de ce monsieur comme pour entamer une conversation m’émeut profondément. Ce contraste entre ma perception des oies et leur attitude amicale sur cette photo me déroute, et c’est précisément ce paradoxe qui me touche.
Assis sur le banc, il aperçoit deux silhouettes s’approcher : une belle brune et une belle blanche. À son âge, il se surprend à penser qu’il a encore la cote. Peut-être viennent-elles pour lui… ou pour le sandwich qu’il garde dans son sac ? Il sourit à cette idée, mais sait qu’il ne partagera pas : il doit bien manger ce midi. Son regard se tourne vers le port. Il attend son capitaine pour partir pêcher en mer. Si elles voulaient, elles pourraient embarquer avec lui ; il leur offrirait du poisson frais.
Cela fait une demi-heure qu’il attend son capitaine, assis sur un banc du port d’Honfleur. Il s’impatiente, mais sait que son ami n’est pas du matin. Ce qu’il ignore, c’est que le capitaine, chez lui, hésite encore à partir : son genou le lance depuis l’aube, et il redoute la houle de la mer agitée. Deux oies s’approchent, attirées par l’odeur du sandwich dans la besace. Elles se demandent également ce que fait ce monsieur, immobile depuis si longtemps sur son banc. Lui, amusé, leur adresse quelques mots, persuadé qu’elles viennent par curiosité. Tous les samedis, ces deux vieux loups de mer prennent la mer pour pêcher, mais aujourd’hui, le temps semble suspendu. Au loin, la silhouette du capitaine se dessine enfin : il a décidé de braver la douleur.

