Là où j’ai grandi, dans une belle maison du nord de la France, j’ai toujours adoré explorer. Grimper dans l’olivier, aller chercher les œufs de nos poules : j’ai toujours été friande d’aventures. Mais ma préférée, c’était d’explorer le grenier.
Pour l’atteindre, il fallait d’abord grimper jusqu’à une mezzanine dans la chambre de mes parents. Une fois sur la plateforme, je pouvais admirer la pièce d’en haut. À l’époque, cela me semblait si haut. Puis j’ouvrais une petite porte et me faufilais dans les combles.
Aujourd’hui, nous sommes passés à l’improviste devant notre ancienne maison et, pris d’un élan de nostalgie, nous avons osé sonner. Nous avons expliqué aux nouveaux propriétaires que nous avions vécu là dans les années nonante. Attendris, ils nous ont laissé entrer et explorer la maison.
Comme tout avait changé. Et surtout, comme tout me paraissait plus petit.
Le hall n’arborait plus cet orange potiron dont ma mère avait autrefois fait repeindre les murs. Quant à ma chambre, privée de son papier peint floral, je ne la reconnaissais presque plus.
Puis nous sommes arrivés dans la suite parentale. Et là, c’était plus fort que moi. Je devais repartir à l’aventure.
J’ai grimpé jusqu’à la mezzanine et suis retournée explorer le grenier.
Là-haut, il faisait chaud, mais j’ai immédiatement compris pourquoi, enfant, cet endroit me semblait appartenir à un monde parallèle. Il était rempli de cachettes, de vieux meubles et de babioles avec lesquelles jouer. Je me suis souvenue de l’étal que j’y fabriquais pour jouer à la marchande. J’y vendais à mes frères les trésors dénichés dans le grenier, en échange de noix ramassées dans le jardin.
Cette fois, j’ai dû avancer courbée : désormais, ma tête touchait le plafond.
C’est alors que j’ai aperçu, sur une étagère, une boîte remplie de vieilles photos.
Incroyable.
C’étaient les nôtres. Des fragments oubliés de ma petite enfance, restés là toutes ces années.
Et puis je suis tombée sur une photo de moi, bébé, à quatre pattes sur le capot de la Rolls-Royce de mon père, simplement vêtue d’une couche-culotte.
À l’époque où cette photo a été prise, nous vivions encore au Pays de Galles, où je suis née. Mon père gagnait très bien sa vie et ne se gênait pas pour le montrer. Cette décapotable rouge, un brin m’as-tu-vu, en était sans doute la parfaite illustration.
D’après ma mère, il adorait cette voiture. Il m’emmenait souvent en balade, sans siège auto ni aucune protection, simplement installée sur le siège passager, à me délecter du vent dans mes petits cheveux de nourrisson.
Sur la photo, je ne devais pas avoir plus d’un an. Je marchais à peine.
Mon père devait être si fier : sa magnifique petite fille et son bolide rouge réunis dans la même image. Cela ne m’étonne pas qu’il ait voulu immortaliser cet instant.
À l’époque, les appareils photo fonctionnaient encore avec des pellicules. Chaque cliché comptait. On choisissait les moments que l’on voulait garder.
Et celui-ci avait été choisi.
J’ai souri, puis j’ai pris la boîte dans mes mains. J’ai demandé à nos nouveaux hôtes si je pouvais repartir avec ce précieux trésor.
Ils ont accepté.
Et nous sommes repartis, heureux, emportant avec nous ces souvenirs qui, pendant toutes ces années, avaient continué à nous attendre dans le grenier.

